Entre les sommets du Haut-Giffre, les alpages et les paysages minéraux, le Tour des Dents d’Oddaz (18,5 km • 1600 m D+) est un mini trek (ou grosse randonnée) qui nous plonge au cœur d’une montagne sauvage et préservée. Situé à Samoëns, en Haute-Savoie, au cœur de la vallée du Haut-Giffre, le départ du trek est accessible en environ 2h de route depuis Lyon, 2h15 depuis Grenoble et seulement 1h depuis Genève.
Au départ du parking des Allamands, cette boucle nous fait découvrir les alpages de Bostan, le spectaculaire Pas au Taureau, les paysages minéraux de la Pointe Droite et les refuges de Bostan et du Folly. Il est tout à fait possible de réaliser cette boucle en une journée (environ 18 km et 1 600 mètres de dénivelé positif), mais nous avions envie d’une toute autre expérience. Prendre le temps de marcher, de partager des soirées en refuge, d’observer les lumières du soir sur les montagnes et, surtout, de déconnecter. Nous voilà donc partis pour trois jours d’aventure au cœur du Haut-Giffre.
La météo sera notre plus grand défi. Canicule, chaleur écrasante, orages et pluie rythmeront notre progression, transformant parfois cette randonnée en véritable aventure. Trois jours intenses, ponctués de rencontres, de bons moments et de panoramas qui resteront longtemps gravés dans nos mémoires.
N’hésitez pas à regarder nos articles matériels : Matos randonnée journée et Matos bivouac, pour ne rien oublier pour un trek.
Jour 1 — De la forêt aux alpages, jusqu’au refuge de Bostan
Nous quittons le parking des Allamands en début d’après-midi, les sacs sont un peu plus lourds qu’à l’habitude : trois jours de montagne nous attendent, avec tout ce qu’il faut pour vivre en autonomie entre deux refuges.
Les premiers kilomètres serpentent sous une belle forêt. Habituellement, cette montée en sous-bois est réputée agréable, mais aujourd’hui la montagne nous accueille autrement. La chaleur est déjà écrasante. Malgré l’ombre des arbres, l’air est lourd (32 degrés) et chaque lacet demande un peu plus d’énergie. La canicule transforme cette première étape en véritable défi physique.
À mesure que nous prenons de la hauteur, la forêt s’efface progressivement pour laisser place aux grands alpages. Le paysage s’ouvre enfin et nous apercevons un troupeau de vaches paisiblement installé dans les pâturages. Les clarines résonnent dans toute la vallée et offrent une parenthèse presque apaisante après cette montée éprouvante.



Pourtant, un autre spectacle attire rapidement notre regard. Sur les sommets voisins, les nuages deviennent de plus en plus sombres. Les grondements d’un orage résonnent au loin tandis que nous poursuivons notre progression. Quelques gouttes viennent finalement nous atteindre… juste assez pour nous faire espérer un peu de fraîcheur. Mais l’orage choisira finalement une autre vallée, nous laissant poursuivre notre chemin sous une chaleur toujours aussi intense.

En fin d’après-midi, le refuge de Bostan apparaît enfin à 1763 mètres d’altitude. Après deux heures d’effort, cette silhouette de bois posée au milieu des alpages ressemble presque à une récompense.
Nous découvrons notre dortoir de 12 places, l’un des 7 dortoirs qui composent ce refuge de 72 couchages. L’ambiance est simple, authentique et chaleureuse. Ici, tout le monde retire ses chaussures à l’entrée, échange quelques mots avec ses voisins de chambre et profite enfin d’un rythme beaucoup plus lent.



Cette année pourtant, le refuge fait face à une situation exceptionnelle. Les canicules ont vidé les réserves d’eau. Impossible de prendre une douche et l’eau potable est vendue en bouteille afin de préserver les dernières ressources. Une réalité qui rappelle à quel point la montagne est aujourd’hui directement touchée par les épisodes de sécheresse. Pensez donc à être au maximum autonome en eau en montagne. Que ce soit dans le cas présent mais aussi dans toutes vos randonnées. Un lac ou une rivière prévus pour un ravitaillement peuvent être très rapidement à sec.
Le soir, nous retrouvons tous les randonneurs autour de la grande table commune. Au menu : une généreuse croziflette qui fait l’unanimité. Familles, couples, groupes d’amis… chacun raconte son itinéraire, partage ses anecdotes . C’est exactement ce que nous étions venus chercher : une soirée simple, conviviale et profondément humaine.
Pour finir cette premiere petite journée, le ciel nous offre un très beau spectacle.



Jour 2 — Du Pas au Taureau au refuge du Folly, la plus belle étape du trek
À l’aube, le refuge s’éveille doucement. Après un bon petit-déjeuner, nous repartons avec cette fraîcheur matinale qui rend la marche tellement agréable. Nous savons que cette deuxième journée sera la plus alpine, mais aussi la plus spectaculaire.



Nous passons devant le lac des Verdets totalement a sec en cette période. Nous poursuivons vers le col de Bostan, lorsque le sentier traverse soudain un immense troupeau. Près de 500 brebis occupent les alpages. À peine avons-nous aperçu les moutons que deux patous viennent immédiatement à notre rencontre.
Pendant quelques minutes, ils nous aboient dessus en nous rejoignant pour défendre leur troupeau mais surtout venir nous renifler et vérifier si nous sommes une menace. Nous restons immobiles, parlons calmement et leur laissons le temps de nous observer. La tension retombe. Les chiens finissent même par nous accompagner quelques mètres avant de retourner auprès des brebis.
Cette rencontre nous rappelle une règle essentielle en montagne : face à un troupeau gardé par des patous, il faut toujours rester calme, garder ses distances et laisser les chiens faire leur travail. Ils protègent avant tout les animaux dont ils ont la responsabilité. Nous avons d’ailleurs fait un article sur le sujet : Comment réagir face à un patou?


Après cette belle rencontre pastorale, nous atteignons le col de Bostan et le décors change radicalement. D’un coté des prairies comme nous avons l’habitude depuis le début de ce trek, de l’autre de la roche. C’est par ce coté que nous allons monter car pour rejoindre notre objectif du jour, nous devons passer le Pas au Taureau. Ce passage est beaucoup plus engagé. Le sentier se redresse brutalement dans un vaste pierrier avant d’atteindre une barre rocheuse équipée de câbles. Ici, chaque pas demande de la concentration. On pose parfois les mains, on choisit soigneusement ses appuis et l’on progresse tranquillement jusqu’au sommet. En revanche, la vue devient de plus en plus spectaculaire sur le col mais aussi la Tête de Bostan.





Une fois au sommet, le spectacle est saisissant. Devant nous, le lac de Vogealle apparaît dans un écrin de roche, dominé par la majestueuse Pointe de Bellegarde. C’est sans doute le plus beau moment de tout le trek, celui où l’on oublie instantanément la difficulté de la montée et que l’on en prend plein les yeux.



La descente nous conduit ensuite vers la Pointe Droite. Les lacets traversent les alpages avant de rejoindre un univers beaucoup plus minéral, entre pierriers et grandes combes sauvages. Nous avons véritablement l’impression de changer de montagne au fil des kilomètres. Mais la météo décide une nouvelle fois de nous rappeler qu’en altitude, rien n’est jamais acquis. Nous prenons alors un bel orage qui nous suivra jusqu’au refuge du Folly. Nous avons juste le temps de sortir les housses imperméables de nos sacs avant d’accélérer le pas.
Perché à 1 556 mètres, le refuge du Folly nous accueille dans une ambiance familiale particulièrement chaleureuse. Cette fois, une vraie douche chaude nous attend, un luxe après deux journées marquées par la chaleur puis l’orage.
Le dîner, préparé par l’équipe du refuge, est aussi généreux que convivial. Nous terminons la soirée dehors, face à un magnifique coucher de soleil qui embrase les montagnes du Haut-Giffre. Après une journée aussi intense, difficile d’imaginer plus belle récompense.





Jour 3 — Redescendre jusqu’au parking
Après le petit-déjeuner, nous remontons un peu dans la vallée pour profiter de la vue (couvert hier) avant de descendre tranquillement la descente vers les Allamands. Contrairement à la veille, cette dernière étape se déroule presque entièrement en forêt. Les rayons du soleil filtrent à travers les sapins et la fraîcheur matinale rend la marche particulièrement agréable.




Nous savons pourtant que la chaleur reviendra rapidement dans la vallée. Alors nous savourons ces derniers instants de fraîcheur en altitude, profitant du calme des sous-bois et des premiers rayons du soleil qui traversent les arbres. Après trois jours de marche, cette dernière partie du trek se fait tranquillement, avec cette agréable sensation de prendre le temps de regarder une dernière fois les paysages que nous venons de traverser. Quelques heures plus tard, le parking réapparaît. La boucle est bouclée.


Ce trek nous a offert bien plus qu’une simple randonnée. Pendant trois jours, nous avons vécu au rythme de la montagne. Une expérience magique melant partage, rencontre, découverte, peur (les orages) et excitation devant des panoramas qui donnent envie de ralentir.
Le Tour des Dents d’Oddaz est une superbe randonnée/trek offrant une incroyable diversité de paysages. Entre forêts, alpages, passages techniques et refuges chaleureux, il propose une véritable immersion dans l’un des plus beaux secteurs du Haut-Giffre.
Si vous aimez les treks où l’on prend autant de plaisir à marcher qu’à vivre les soirées en refuge, alors cette boucle mérite clairement une place sur votre liste des prochaines aventures.
Trek organisé en partenariat l’Office du tourisme de Samoëns